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SPIRIT n°20 juin 2006

S O N O 14Page 14

Du souffle et du rythme

Saint-Pierre d’Aurillac est un fameux repère de festoyeurs gascons et mélomaniaques. L’alose de Garonne y côtoie les fifres et les tambours des ripataoulères du sud Gironde. Aux confins du printemps, la fraîcheur des aubiers y abrite un festival peu banal. Qui n’a vécu cette joyeuse équipée passe à côté d’un des moments les plus riches du paysage musico-gastronomique du département.

Quand on choisit pour raison sociale un sigle comme G.A.V.E.S (pour Garonnais Avertis pour une Vallée Epicurienne et Solidaire), on annonce un peu la couleur. Plutôt rouge (comme le vin d’ici, mais pas seulement...). A l’origine de ce festival, la bande des Sous Fifres, qui ont réveillé le coin de Saint-Pierre d’Aurillac en retrouvant les vertus bienfaisantes du fifre et du tambour. Les deux instruments, comme l’alose de la rivière, et le jus de la vigne, ont toujours donné le tempo du temps qui passe. La ripataoulère par eux constituée accompagne l’élu dans sa nouvelle fonction (la cérémonie est baptisée maïade), ou encore quelques fiancés en cortège vers la mairie. Pas de fête des boeufs gras sans ripataoulère non plus, tandis que jadis, les conscrits quittaient le village au son des fifres et des tambours. Une tradition qui a la peau dure, et qui se renforçait encore en 1990 avec la constitution de cette formation intergénérationnelle (les Sous Fifres), pendant local des bandas landaises. En constatant que leurs instruments fétiches étaient des ambassadeurs planétaires, joués sur tous les continents, les GAVES s’avisèrent de faire de Saint-Pierre d’Aurillac le cœur des débats, et se mirent à inviter chaque année des pratiquants de tous les pays. Ainsi est né le festival Fifres de Garonne, devenu aujourd’hui le seul endroit de Gironde où l’on peut entendre sur deux jours les sons de : la cornemuse, l’accordéon diatonique, le cor, le bugle, ainsi que divers flûtiaux et autres percussions et cuivres pour accompagner les voix qui chantent beaucoup et qui racontent pas mal aussi. Parce qu’on ne saurait se contenter de faire de la musique. On aime aussi les histoires, collectées cette année au fond du Quercy par Cyrille Brotto et Guillaume Lopez, qui invitent Christian  Vieussens pour mieux les dire. On aime aussi la danse, et les rythmes et mélodies débarquées des îles Hébrides ou d’Ecosse, qu’Arnaud Ciapolino et Roland Conq nous livrent à leur sauce iodée. Et les locaux sont à la fête avec le triO d’en bAs, plutôt porté vers le jazz (son copinage avec la Compagnie Lubat a laissé des traces), et on y entend le sax, la clarinette de Arnaud Rouannet, percutés par les bruits rythmés de Yoann Scheidt et tout le ramdam de Samuel Bourille. Le Karaboudjan n’existant pas, il a fallu l’inventer. Désormais, il dispose de sa fanfare qui percolle la musique du pays et celle de nulle part. Autrement dit de partout. La Castille envoie La Musgaña, bardes notoires affublés de gaïtas, cistros, accordéons... et les obligatoires fifres et tambours, et La Clé Druth envisage le rock de 17 Hippies ou des Shériffs sous les auspices de la fête. Une poule n’y reconnaîtrait pas ses petits, et c’est bien le propos de l’événement. A 3 euros par tête, pour les 2 jours, même sur internet, on ne trouvera pas meilleur rapport qualité/prix. D’autant qu’ici, les rapports sont d’abord humains...

[José Ruiz]

16ème Festival de Fifres, fête de l’alose et du vin,
du samedi 24 au dimanche 25 juin,
Saint-Pierre d’Aurillac (33490).
Renseignements 05 56 63 32 14

www.fifres.aquitaine-tour.com