SPIRIT
n°20 juin 2006
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Du
souffle et du rythme
Saint-Pierre d’Aurillac est un fameux repère de festoyeurs
gascons et mélomaniaques. L’alose de Garonne y côtoie les fifres et les
tambours des ripataoulères du sud Gironde. Aux confins du printemps, la
fraîcheur des aubiers y abrite un festival peu banal. Qui n’a vécu cette
joyeuse équipée passe à côté d’un des moments les plus riches du paysage
musico-gastronomique du département.
Quand on choisit pour raison sociale un
sigle comme G.A.V.E.S (pour Garonnais Avertis pour une Vallée Epicurienne et
Solidaire), on annonce un peu la couleur. Plutôt rouge (comme
le vin d’ici, mais pas seulement...). A l’origine de ce festival, la bande des
Sous Fifres, qui ont réveillé le coin de
Saint-Pierre d’Aurillac en retrouvant les vertus bienfaisantes du fifre et du
tambour. Les deux instruments, comme l’alose de la rivière, et le jus de la vigne, ont toujours donné le
tempo du temps qui passe. La ripataoulère par eux constituée accompagne l’élu
dans sa nouvelle fonction (la cérémonie est baptisée maïade), ou encore
quelques fiancés en cortège vers la mairie. Pas de fête des
boeufs gras sans ripataoulère non plus, tandis que jadis, les conscrits quittaient le
village au son des fifres et des tambours. Une tradition qui a la peau dure, et
qui se renforçait encore en 1990 avec la constitution de cette formation
intergénérationnelle (les Sous Fifres), pendant local des bandas landaises. En
constatant que leurs instruments fétiches étaient des ambassadeurs planétaires,
joués sur tous les continents, les GAVES s’avisèrent de faire de Saint-Pierre
d’Aurillac le cœur des débats, et se mirent à inviter chaque année des
pratiquants de tous les pays. Ainsi est né le festival Fifres de Garonne, devenu
aujourd’hui le seul endroit de Gironde où l’on peut entendre sur deux jours les
sons de : la cornemuse, l’accordéon diatonique, le cor, le bugle, ainsi que
divers flûtiaux et autres percussions et cuivres pour accompagner les voix qui chantent
beaucoup et qui racontent pas mal aussi. Parce qu’on ne saurait se contenter de
faire de la musique. On aime aussi les histoires, collectées cette année au
fond du Quercy par Cyrille Brotto et Guillaume Lopez, qui invitent Christian Vieussens pour mieux les dire. On aime aussi la danse, et les rythmes et
mélodies débarquées des îles Hébrides ou d’Ecosse, qu’Arnaud Ciapolino et Roland Conq
nous livrent à leur sauce iodée. Et les
locaux sont à la fête avec le triO d’en bAs, plutôt porté vers le jazz (son
copinage avec la
Compagnie Lubat a laissé des traces), et on y entend le sax,
la clarinette de Arnaud Rouannet, percutés par les bruits rythmés
de Yoann Scheidt et tout le ramdam de Samuel Bourille. Le Karaboudjan
n’existant pas, il a fallu l’inventer. Désormais, il dispose de sa fanfare qui
percolle la musique du pays et celle de nulle part. Autrement dit de partout. La Castille envoie La Musgaña, bardes notoires
affublés de gaïtas, cistros, accordéons... et les obligatoires fifres et
tambours, et La Clé Druth
envisage le rock de 17 Hippies ou des Shériffs sous les auspices de la fête.
Une poule n’y reconnaîtrait pas ses petits, et c’est bien le propos de l’événement.
A 3 euros par tête, pour les 2 jours, même sur internet, on ne trouvera pas meilleur
rapport qualité/prix. D’autant qu’ici, les rapports sont d’abord humains...